DE TRENTE à QUARANTE

DE TRENTE à QUARANTE

de 30..

J’ai toujours rêvé d’avoir trente deux ans. Du haut de mes huit ans je voulais porter des talons hauts, je voulais du rouge sur mes lèvres et des enfants dans mes bras.

Je voulais vivre la grande vie, signer des chèques, régler des factures. Je voulais organiser des grandes fêtes avec des nappes blanches et des lampions, de la limonade, des rondelles de citron et du bon vin.

Je voulais la vie dont on rêve lorsqu’on est enfant, un doudou qui traine encore un bout de sa patte dans un déguisement de princesse un peu trop petit.

Et maintenant.

Maintenant que j’ai dépassé mon âge de rêve, je me rends compte que la limonade bulle un peu moins que prévu. Que les bougies dans les lampions vacillent un peu. Que le vent souffle fort parfois.

Mais quelle est cette dizaine où tout file si vite, où tout est si important et pourtant un peu englué dans les obligations de cette vie?

J’ai cette impression en ce moment, que ce passage là, celui où on se construit comme des adultes, où l’on bâtit nos nids, n’est pas la partie la plus facile.

Nous manquons de temps pour prendre soin de nous, nous courrons pour mener de front une carrière et une vie familiale. Nous nous battons pour nos enfants, pour une garde, pour une maladie, pour l’école ou simplement pour les petits soucis du quotidien.

Nous menons dans le secret de nos foyers ces petits combats anodins ou primordiaux. Et lorsque nous fermons les yeux quand tout le monde dort déjà c’est au lendemain que nous pensons.

Nous nous posons des questions, et ce quotidiennement pour ma part, on tourne chaque situation dans tous les sens, on cherche à joindre les deux bouts. Nous essayons de trouver des solutions pour nous détendre un peu parfois, on rit, à pleine gorge et l’instant d’après on gère mille choses.

Ce n’est pas seulement l’apanage des femmes je pense. J’ai l’impression que c’est ce moment de la vie qu’on a imaginé idyllique qui finalement nous surprend un peu.

Parfois je rêve d’éternelles vacances avec les enfants. Pour n’être qu’à eux, à moi à nous.

Je voudrais oublier la fatigue qui m’est chevillée au corps depuis des années. Je voudrais faire valser les factures, les impôts et le tiers payant. Je voudrais qu’on nous laisse un peu nous regarder vivre, juste une minute de plus sans penser aux repas qu’il faudra préparer, au devoirs, aux joints des carrelages qui attendent d’être fait. Je voudrais que les hormones m’oublient cinq minutes en ne faisant plus sauter mon humeur, que les vitres brillent plus que trois fois par an. Certains jours je me surprends à les vouloir déjà grands alors que chaque jour c’est moi qui grandis avec ces petits. Je voudrais une belle vie toute bête, sans emmerde ni grand chambardement.

Je voudrais pouvoir profiter d’eux. Sans ce tiraillement, doux, délicat mais vivace.

Mine de rien elle s’achève bientôt cette dizaine. Enfin presque bientôt. Je voudrais pouvoir me retourner et ne pas trop me dire tu as manqué ça. Et ça. Et ça. Juste parce que le soir je voulais qu’ils se couchent vite pour pouvoir profiter d’un peu de calme, d’un peu de répit avant la valse de demain.

En ce moment je me retourne justement. Pour voir ce que j’ai accompli. Pour faire de cette suite un joli chemin. J’ai l’impression d’avoir déjà couru un marathon et j’avoue avoir un peu peiné sur les derniers kilomètres.

Je reprends mon souffle alors. J’entends déjà le vent dans les nappes blanches et le bruit des glaçons dans la limonade.

Je vous embrasse fort. Prenez bien soin de vous.

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31 commentaires

  1. Wafa

    Qu’est-ce qu’il me parle ton texte. L’approche imminente des 40 ans et l’envie de vivre pleinement, de tout plaquer, profiter des enfants …et la tête qui tourne à force de fatigue, la course toujours l’envie d’en faire plus, trop. Mais cette drôle d’impression que je passe peut-être à côté de choses importantes.

  2. laurie

    Oui, c’est la dizaine où j’ai grandit, celle où j’ai enfin ouvert les yeux et pris des décisions qui ont changé ma vie, celle où j’ai enfin découvert ce qu’était l’amour et le fait d’être aimée, je l’ai aussi perdu mais pour la première fois j’étais vivante.
    La dizaine pendant laquelle j’ai définitivement changé d’état d’esprit, mais le plus dur étant sans doute de se retrouver seule non pas à élever ses enfants mais à savoir si l’on prend les bonnes décisions pour leur avenir, il n’y a pas de discussions mais de simples monologues

  3. Madame Ordinaire

    Pour moi qui fête mes 32 ans aujourd’hui, ton texte me parle inévitablement… Cette dizaine est celle du tiraillement entre cette envie de vouloir vivre intensément ce qui ne reviendra jamais et celle de prévoir, anticiper, organiser tout ce dont sera fait le lendemain. C’est étrange comme ces questionnements me semblent universels aujourd’hui! Belle soirée à toi aussi

  4. marjoetcie

    j’ai l’étrange sensation que tu lis dans mes pensées et qu’on passe par les mêmes états d’âme avec nos vies pourtant différentes.
    Ou alors ce sont des pensées universelles.
    Après 4 jours de break en famille à profiter des bonheurs simples , la reprise du rythme un peu fou a été dure.
    Et en couchant mon fils ce soir à peine rentrée du bureau et un peu speed parce que j avais mon cours de sport, je me suis dit que ma course à la réussite était un peu vaine.
    En vrai je voudrais juste du temps. Pour profiter de mon fils et de mon mec. Pas entre deux portes, pas entre deux obligations.
    Ne plus choisir et revenir à mes utopies.
    On est pas sérieux quand on a 34 ans.

  5. Divahopeful

    Wahou qu’est-ce que tu écris bien et juste ! Pas encore trente ans ( enfin dans un an hein on va pas chipoter !) mais déjà deux enfants et cette impression du temps qui glisse comme du sable entre mes doigts…et le soir alors que je rêve toute la journée du moment où je vais pouvoir me reposer, impossible de dormir sans penser ce que j’ai fait, ce que j’aurais dû faire, ce que je vais faire…

  6. Nat

    Mon beau père m’a dit hier (alors que je venais juste de basculer un peu plus vers cette quarantaine) :  » il n’y a pas si longtemps, c’est nous qui étions à votre place: la construction de la maison, les enfant en bas âge…j’ai l’impression que c’était hier mais c’est vous qui avez pris notre place maintenant, profitez: ça file… » Oui ça file et je m’en rends encore plus compte quand je porte ma grande et que ses pieds sont de plus en plus près du sol, quand mon petit dernier me dit qu’il adore l’école parcequ’à l’école il apprend plein de choses et qu’apprendre ça le fait grandir…Tu as raison ma Camille, mais Henri m’a dit autre chose…il m’a dit « ça file mais vous n’êtes qu’au début » je pense qu’il ne faut pas le perdre de vue.

  7. Djiboune

    Pfiou…tellement ça, tellement vrai ici aussi…tes mots pourraient être les miens :) pitié, un peu de répit,…et en même temps, pas pressée den finir…je me dit que ce tourbillon nous garde vivant?

  8. Matmaffet

    Plus prêt de 40 que de 30 , je fais aussi le bilan en le demandant ce que j’ai fait des 10 dernières années. Tu as mis à plat tout ce qui me trotte dans la tête . Une chose est certaine ça file trop vite , j’essaye de plus en plus de profiter .bonne fête

  9. louise

    C’est si juste ce que tu dis…c’est la dizaine ou on devient des adultes..on doit faire des concessions, on oublie des rêves, on en retrouve.
    La course folle contre le temps, pour les autres surtout et si peu de temps pour s’écouter.

    C’est beau et terriblement douloureux de grandir, mais quand on regarde ce qu’on a construit on se dit que ca en vaut la peine..
    Ma maman me disait toujours « l’equilibre est dans le mouvement », le temps qui passe c’est la vie avec ses rires d’enfants et ses responsabilités sans fin, l’amour qui murit

    Je me suis marier á 30 ans et je suis devenue maman…á 30 ans aussi mon mari est mort et je me suis retrouvée avec une petite fille de 5 mois avec la peur au ventre et le coeur en deuil..et puis il est arrivé et m’a pris par la main, un peu comme dans les contes de fées alors que je ne croyais plus en rien…on a reconstruit une famille petit bout par petit bout..j’ai offert á ma Violette un papa aupres de qui grandir et une soeur..j’ai quitté la grande ville et mon travail pour le calme de la forêt et le retour aux choses simples..j’ai recommencé á rêver et á faire des projets

    Et quand je regarde ma vie je me dis que cette dizaine si douloureuse et aussi la plus belle, celle oú j’ai appris le plus et je me demande ce que me reservera la suite..

    Tes mots sont toujours si justes et si délicats, c’est un réel plaisir de te lire

  10. Sophie

    ton texte est magnifique …. j’ai passé la barre de l’autre dizaine, j’ai toujours la même impression de courir mais , comme à la fin d’un marathon, j’ai repris de la force ; j’ai encore beaucoup de choses à accomplir , mais une force tranquille parfois m’apaise . tu es belle ma Camille , tes mots sont tellement doux et poétiques. je t’embrasse fort

  11. daymorgane

    quel plaisir de te lire à chaque fois Camille ! quel beau texte… il faut savoir se poser, et regarder ce que l’on a  » déjà accompli »…quant au tiers payant et aux vitres propres j’ai les mêmes envies que toi ;)
    belle journée à toi

  12. miss thelma

    moi qui suis a 40- 2 mois, j' »hallucine » un peu de cet age qui m’arrive comme ça…
    et qui sera un tournant encore plus que les autres dizaines…
    pas un tournant de changement de vie ou de grands chamboulements, mais un changement dans mon etat d’esprit… et l’impression que mon age de carte d’identité n’a rien a voir avec mon age de « mentalité »…
    alors j’essaie de ne pas etre deja « nostalgique » des années precedentes mais j’ai cette desagreable impression parfois que je pars du mauvais coté…:o)

    mais bon j’essaie de profiter de chaque moment..;de regarder ma fille tout le temps, de m’impregner les yeux de ce qu’elle me donne et d’etre heureuse de ce que j’ai..

  13. sab

    40 bien passé ! j’aime ce petit plus qu’on reçoit à chaque bougie soufflée chaque année !!
    Je me construis au fil du temps et je me préfère bien mieux aujourd’hui qu’il y a 20 ans…. peut-être n’ai je pas eu cette belle jeunesse que l’on m’a volée.
    Joli texte plein d’émotions, comme toujours Camille tu es divine.
    Bisou

  14. mu

    Et ne pas,
    quand viendra la vieillesse
    découvrir que je n’ai pas vécu.
    (Thoreau)
    Cette pensée, je l’ai accrochée sous mes yeux, car je ne veux jamais l’oublier, elle me fait un tel effet : elle m’aide à me remettre sur les rails dès que je pars en vrille ^^

  15. Cristina

    oh comme ton texte me parle, je suis pile poile dans la même situation et je fais les même réflexions…Mais, ça va, je crois, on s’en sort plutôt bien, tout compte fait, non? Belle journée à toutes

  16. minutedefille

    Très très beau texte, très émouvant et tellement vrai ! Je vais avoir bientôt 32 ans, je suis au début de cette dizaine tellement cruciale mais avec mes enfants qui grandissent si vite et cette notion du temps qui file, j’ai parfois la peur au ventre. La peur de passer à côté de certaines choses. Je me reconnais bien quand tu dis « vite les mettre au lit » pour « souffler » un peu. Et pourtant dans nos vies tellement contradictoires où on passe + de tps avec d’autres qu’avec nos proches, c’est un peu dommage de toujours courir et lutter pour choper quelques paillettes de moments précieux… Merci pour ce partage de vie !

  17. Pingback: Ce temps … | minute de fille

  18. Tata tricot

    Quel beau texte. Je suis en plein milieu et je trouve que j’arrive trop vite vers les 40 ans. Dans ce tourbillon, avec un jeune enfant , je me sens parfois pas à ma place. Que c’est difficile ce passage ..; J’espère qu’aujourd’hui, tu n’es plus dans la tourmente et que tu profites à fond!

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