RACONTE MOI MA NAISSANCE

RACONTE MOI MA NAISSANCE

 

Il y a quelques jours, la petite m’a posé des questions sur sa naissance. Elle voulait savoir avec précision comment elle était arrivée là, comment elle avait pu être si petite et ce qu’elle avait mangé pour la première fois.

Je lui ai raconté avec des mots qu’elle pouvait comprendre, mais avec les vrais mots comme point de départ. J’y ai mis des métaphores et j’ai gommé un peu la douleur.

Je lui ai dit que c’était un dimanche de mars et que nous l’attendions impatiemment. Je lui ai dit que son papa avait mis un tee shirt vert et moi une grande robe . Elle a voulu savoir où était son frère pendant tout ce temps et s’il était venu la voir vite. « Et il a dit quoi mon frère ? »

Je lui ai raconté tati A qui était là depuis deux jours à nous veiller juste au cas où, je lui ai raconté notre arrivée à la maternité et le soulagement de la grande baignoire bleue. Je lui ai dit qu’elle était une fleur de l’eau.

Elle a voulu savoir « comment ça descend un bébé ? » alors je lui ai montré des livres et je me suis souvenue à quel point elle était décidée à naître. Je lui ai dit les bulles dans l’eau chaude lorsque je m’appliquais à souffler pour l’aider à trouver son chemin.

« Ton papa aussi en étant à côté de moi m’a beaucoup aidé , il me donnait la main et me rafraîchissait les joues. Je lui avais demandé de ne pas parler, mais ses silences avaient le poids des meilleurs encouragements. »

Et puis elle a voulu savoir comment elle avait fait pour rester la tête sous l’eau. Alors je lui ai dit ce cordon de chair et d’air qui nous reliait encore un peu, ses cheveux longs qui flottaient et cette vie d’un coup.

« Nous n’avions pas prononcé ton prénom avant de te voir ou alors juste en le murmurant entre nous, nous voulions le garder neuf pour toi. Tu le portes pour la première fois. Violette bébé. »

Elle  s’est étonnée lorsque je lui ai dit qu’elle a été courageuse, elle a ri lorsque je lui ai raconté à quel point elle a été furieuse de sortir de cette eau chaude. « Tu criais fort notre bébé de mars, tu voulais sans doute t’imposer au monde. »

Je lui ai dit que je suis tombée amoureuse de son petit corps tout rond, de ses cheveux bruns. « J’ai cherché ton regard pendant des jours pendant que tu t’accrochais à mon cou. Mais j’ai compris que tu étais encore un peu dans ta vie d’avant. Alors j’ai attendu. Tes mains autour de mes doigts et tes soupirs d’apaisement lorsque je te prenais me suffisaient. »

Tu es née et je n’ai rien oublié. Je continuerai de te raconter, rien ne s’est effacé encore, il me reste tout. Le travail sourd, l’intensité, la chaleur du grand bain et la fraicheur de mains de ton père, la courbe de ton épaule à peine née, ton avidité de vivre. Le son de ton premier cri. Ton frère si heureux et si étonné de te voir bouger pour la première fois. Le pas décidé de ton grand père lorsqu’il a poussé la porte de notre chambre. La douceur de tes grands mères. L’émotion et l’étonnement de ton père. Mon bonheur d’avoir une petite fille.

Je n’ai rien oublié et aujourd’hui lorsque tes paupières sont closes, je retrouve furtivement tes traits de bébé de l’eau. Ceux que j’ai découverts un soir de mars.

Tu as tout bien écouté, puis tu as eu cette phrase merveilleuse. « Je ne me souviens pas tu sais maman, mais ça n’avait pas l’air très difficile. »

« Si ça l’a été, je ne m’en souviens plus non plus mon trésor… »

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17 commentaires

  1. Aurélie

    Roh la la, c’est juste magnifique, j’en ai les larmes aux yeux en lisant ! Merci de partager avec nous ce moment aussi précieux.
    Je suis votre blog depuis un moment, il m’a déjà émue, mais là, obligée de laisser mon premier commentaire !

  2. Daisy

    C’est mon premier commentaire sur ton blog. Je suis à quelques petits jours de donner la vie pour la première fois alors bien évidemment je pleure comme une madeleine en te lisant…
    J’ai hâte de ressentir toutes ces belles choses

  3. Dod

    Qu’il est bon et doux de se remémorer les naissances de mes filles ce matin après un matin d’hier sous le signe de la mort… Merci

  4. yeahyeahgirl

    et hop un petit article qui fait chialer, un ! c’est beau comme tu racontes. et c’est drôle qu’elle t’ait demandé parce que la semaine dernière on a regardé les photos de la naissance de Nina avec elle. Évidemment j’avais la boule géante dans la gorge mais c’était drôle de voir ses réactions. Elle, elle nous dit qu’elle s’en souvient, c’est marrant. Et dimanche quand j’emballais ses vêtements taille 3 mois elle m’a dit ‘mais pourquoi ils sont resté petits les habits maman ?’. Elle pensait que ses vêtements grandissaient avec elle …

  5. Sarah

    Oui raconter leur naissance est un tel renforcement du lien qui nous attache à eux. Quelle que soit la naissance. Et ce récit écrit sera un beau cadeau quand elle sera plus grande, comme tous ceux qui relatent votre vie familiale. Une trace des moments de vie.

  6. Laura

    Oh Camille, tes mots sont toujours autant de caresses. Et alors que j’ai dépassé la moitié de ma grossesse et que ce fait doucement entendre la peur d’accoucher, je reçois cette douceur sur mon ventre, cette chaleur qui me dit que tout ira bien. Merci ! ♥

  7. Juliette

    Je te lis toujours. Commente rarement.
    Mais quel talent Camille…
    J’en ai les larmes aux yeux.
    Ça me rappelle de bien jolis souvenirs.
    Bises

  8. Camille Legoline

    Ton article est très touchant ……….. j’aimerai pouvoir raconter de cette manière la naissance à mes filles … j’aimerai avoir des souvenirs comme les tiens en tête ……
    J’oscille bcp quand je lis des articles sur la naissance entre : envie, colère, tristesse, émotion, sourire… aujourd’hui j’en veux un peu à la vie de ne m’avoir pas laissé la chance de vivre une naissance sans drame… de ne m’avoir pas laisser porter mes filles contre moi avant plusieurs jours… j’en veux à la vie d’avoir toujours si étroitement mêler la mort à leur venue au monde……….
    Demain je serai sans doute plus apaisée et je me dirai « mais pourquoi as tu laissé ce commentaire sous un si joli texte !!  » demain je me souviendrai de ces  »peau peau  » en décalé, mais peau à peau quand même ! demain je me dirai que l’essentiel est quand même que nous soyons aujourd’hui toutes en bonne santé !
    Demain je me dirai que mes accouchements ont été peut-être catastrophiques mais mes filles sont bel et bien là et magnifiques ! et que ces événements, si intenses , ont soudé notre famille à jamais …. bref demain ça ira mieux ! :)

  9. Céline

    Merci de partager avec nous j’en ai les larmes aux yeux et peut être qu’un jour mon fils me posera aussi la question sur sa naissance.

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