L’AFFAIRE DU PASSEPORT

L’AFFAIRE DU PASSEPORT

Je lisais il y a quelques semaines ce post de Marjolie Maman. Evidemment j’ai ri. Pas pour me moquer, mais simplement parce que je me disais que ce genre de situation abracadabrantesque ( Je cite Chirac, vous ne m’en voudrez pas) m’étais arrivée tant de fois par le passé. Je me suis quand même fait la réflexion que ça faisait un petit moment que cela ne m’était pas arrivé. Une vraie situation de merde comme on les aime.

C’était bien mal connaître le destin. Je vous raconte.

« Pouvez vous m’envoyer le numéro de votre passeport rapidement s’il vous plait »

(Moi, confiante) « Oui bien sur, je vous envoie ça dans une heure. »

Jusque là tout allait parfaitement bien.

« On part ensemble pour de vrai ? Tu as ton passeport ? »

« Mais oui ma biche, je l’ai, évidemment que je l’ai. Enfin !!! »

Tout allait même merveilleusement bien.

J’ai passé deux trois coups de fil pour annoncer une jolie nouvelle, j’étais sur un petit nuage, déjà à dix mille kilomètres au dessus de la stratosphère. Je m’imaginais sur le tarmac dans quelques jours, seuls quelques numéros sur un carnet bordeaux me séparaient de quatre jours au soleil.

J’y suis allée droit, là dans l’entrée, dans le troisième tiroir de l’enfilade, bien aligné avec ceux des autres membres de la famille. Il est toujours là mon passeport, prêt à bondir à la moindre escapade. Depuis deux ans, il va de mon sac à ce tiroir, précisément toujours à la même place. C’est un truc de bordélique ça, c’est le bazar partout mais les carnets de santé, les livrets de famille et les passeports sont toujours rangés au carré.

Mais pas aujourd’hui.

Bon.

Rien de grave, il est surement dans le tiroir du dessus. Ou d’en dessous. Ou dans la pile de papiers à classer.

Non plus.

À ce stade là de l’histoire, au début donc, j’ai perdu espoir de le retrouver environ cinq minutes après avoir commencé à le chercher. Il y a toujours cette petite voix à l’intérieur de toi que tu refuses d’écouter mais qui te donne une direction. La mienne me hurlait : « Cherche pas ma poule, tu l’as paumé ton passeport. »

J’ai refusé de l’écouter (la conne) et pendant une soirée, le début d’une nuit et l’entièreté de la journée du lendemain j’ai retourné ma baraque. Mais vraiment, vraiment retournée voyez ? À un moment je me suis surprise à prier à haute voix Saint Antoine de Padoue et Sainte Rita. À un moment je crois même que j’ai pleuré de rage…

C’est donc épuisée, dépitée, chantant des incantations et la maison comme à Verdun, que je me suis résignée.

À Faire un passeport en urgence.

Je passe rapidement sur la réunion des documents nécessaires, Edf ? Ya mon nom sur les factures, une chance, je pensais qu’elles étaient juste à ton nom à toi mon chéri. Ma carte d’identité ? Périmée certes, mais apparemment ça marche quand même. Une lettre comme-quoi-j’ai-besoin-de-mon-passeport-de-façon-urgente ? Pas de problème, reçue dans l’heure. Des photos ? Oui bon j’ai une sale tronche dessus mais il me reste ces deux photos de mon passeport perdu, ça fera l’affaire. Des timbre fiscaux ok. Je crois que j’ai tout.

Arrive le jour où je vais déposer mon dossier à la mairie en priant-pas-Rita-cette-fois que ma lettre pourra faire accélérer la procédure. (Non parce que sinon c’était mort, inutile de le préciser.)

Je pars à la mairie, très en retard. J’ai une heure pour : partir, trouver une place, trouver un horodateur, marcher jusqu’à la mairie, prendre un ticket, attendre, attendre, déposer mon dossier, repartir et arriver à l’heure au collège pour le Cha.

Bref je suis large.

C’est mon tour. W10 est appelé au guichet numéro 5 porte B Entrée C Batîment principal.

Ok.

Ah. C’est simplement la porte en face en fait.

J’avais mis des talons. Je ne sais pas pourquoi, à un moment, il m’a semblé qu’avec des talons je faisais grave femme fatale et que du coup on accepterait plus facilement les demandes en urgence. Dans ma tête à ce moment là avec des talons ça ne se voyait pas trop que j’avais perdu mon passeport comme une courge. Parfois je suis pas toute seule dans ma tête.

D’habitude je sais marcher avec des talons, mais pas aujourd’hui. Non aujourd’hui je rate une marche et fais quatre enjambées dantesques pour me rattraper sans tomber. Vous voyez le tableau ou pas? J’arrive donc comme si j’avais pris environ trois cents mètres d’élan devant le guichet numéro 5.

Femme fatale quoi.

« Bonjour Madame, vous avez les originaux et les photocopies ? Les timbres fiscaux ? Vos photos et le dossier rempli ? »

Là tu reprends un peu tes esprits. Tu as tout préparé -bien sur- mais comme tu as tout revérifié trois fois, tout s’est mélangé. Tu classes, tu fais genre tu alignes bien les timbres avec tes photos. Tu arrêtes de respirer quand il lit la lettre d’urgence deux fois. DEUX FOIS. Tu sues de plus belle et tu t’imagines plus rien du tout à part que tu vas peut être faire une crise cardiaque. Là maintenant.

« Les photos n’ont pas servies pour un documents administratif ? Carte d’identité ? Permis de conduire ? Passeport ? »

« Ah noooooon pas du tout. » (Toi tu veux que ça aille vite, tu veux ton passeport dans 8 jours, sinon tu décèdes.)

Et puis d’un coup, la fameuse petite voix à l’intérieur se remet à gueuler « Demande quand même pourquoi… »

« Heu mais en fait pourquoi ? »

« Votre dossier serait rejeté d’office. »

« Ah.

(trois octaves au dessus) Ahhhh. Ah. Alors attendez. Voyez, je me demande quand même si quand même par le plus grand des hasards, ce ne sont pas les mêmes photos que mon ancien passeport… Non vraiment maintenant qu’on en parle, j’ai quand même un tout petit doute… Ce serait quand même dommage non ? Quand même. »

« Je viens de coller votre photo, là, madame… Va falloir aller m’en refaire vite et reprendre un ticket. »

À cet instant précis, il est 11 :40, j’ai exactement vingt minutes pour refaire des photos, retourner à la mairie, valider mon dossier, reprendre ma voiture et récupérer mon fils.

Je ne panique pas du tout.

Je me souviens qu’il y a vingt ans, au bout de la rue de la mairie dans le Monoprix il y avait un photomaton. Avec un peu de chance il y est encore.

Je cours -remenber les talons-  je me maudis en trois langues, je porte une blouse en soie auréolée comme si j’avais couru le marathon de Paris aller retour, ma zone T ne brille plus à ce stade, elle clignote…

Femme fatale quoi.

Je cours encore, je monte quatre à quatre les escaliers du monop et je le trouve : le photomathon.

J’ai pas de monnaie, j’ai qu’un billet, je repars au rez de chaussée faire la queue à la caisse. Il y a du monde partout  « s’il-vous-plait-je-vous-en-supplie-je-dois-faire-des-photos-en-urgence-sinon-j’aurai-pas-mon-passeport-et-puis-je-suis-en-retard-mon-fils-a-pas-son-portable-je pourrai-pas-le-prévenir »

Les gens ont pas compris je pense. Mais ils m’ont laissé passer.

J’ai fait mes photos, dire que je suis défaite dessus relèverait du plus bel euphémisme de l’histoire de l’euphémisme.

« Ne souriez pas.

Dégagez vos cheveux.

Ne respirez plus.

Centrez votre visage et gardez cette pose. »

Elle aurait pu me dire de m’essuyer un peu le front cette greluche dans la boite à photo.

Le retour à la mairie s’est fait à la même cadence avec mon dossier en chou fleur dans les mains. Ne rien perdre de mes documents sur le chemin du retour relève du miracle. On ne peut pas complètement être une looseuse si ?

Lorsqu’il a découvert mes nouvelles photos le monsieur du guichet numéro 5 a eu un petit rictus que j’ai ignoré superbement.

Hier je suis allée chercher mon précieux tout neuf, je suis affreuse sur la photo. Mais vraiment. Même la numérisation de l’image n’a pas atténué la folie furieuse de mes glandes sudoripares.

Mais ce n’est pas grave. Rien ne m’enlèvera le sourire béat que j’ai collé au visage en permanence. Dans une semaine mon passeport, ma sale tête et moi, nous nous envolons pour un lointain Désert.

Et je suis allée récupérer le Cha, pile à l’heure.

Je vous embrasse fort, promis je ne transpire plus !

Camille

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33 commentaires

  1. Marjoliemaman

    DANS MES BRAS ! (va falloir vérifier cette histoire de jumelles séparées à la naissance quand même…)
    Et moi, avec mon passeport périmé, je me la pose là aussi. Et en te lisant, j’ai un GROS doute. Je ne sais plus où j’ai mis mon passeport flambant neuf… OH PUNAISE…


    1. Post author
      ritalechat

      Je vérifie environ 6 fois par jour qu’il est bien dans le tiroir. À SA PLACE! Je suis devenue complètement hystérique du passeport en somme… <3

  2. Mamanwhatelse

    ah ça me fait penser a mon histoire de passeport perdu 5 jours avant de partir a Miami pour le mariage dun copain sur la plage (oui sur la plage quoi…). J’ai passé 2 jours à pleurer, fais une croix sur mon voyage, annulé les baby-sitters des enfants et puis un beau matin, une dame m’a appelé : elle avait retrouvé mon passeport dans le caniveau… Autant te dire qu’elle a eu droit à son bouquet de fleurs, sa boîte de chocolat, sa bise sur les 2 joues et ma reconnaissance éternelle.
    2 jours plus tard j’étais sur la plage à Miami et j’assistais à mon mariage!
    Bon voyage!!

  3. Norethrud

    Non mais c’est vraiment pas fun ces documents administratifs -_- Sur ma carte d’identité je ressemble à une Frida Kahlo très vexée et pas fraiche du tout ( et puis sans les fleurs) parce que j’avais oublié cette histoire de visage dégagé et que moi je suis une fille à frange… Des fois, je me dis que je devrais la perdre et refaire de jolies photos :p

  4. Tantecath

    Je crois que ce qui m’a fait le plus rire ce sont les talons !!! tout à fait mon genre de mettre des talons juste le jour où il ne faut surtout pas ;))) sinon ton billet est très drôle, j’ai vécu la même histoire il y a peu, et moi aussi l’histoire a bien fini ;)

  5. DeboBrico

    Ah retourner la maison.. J’ai fait ça il n’y a pas longtemps. Je cherchais mon carnet de santé pour la médecine du travail… Impossible de le retrouver, j’ai cherché de partout, dans tous les tiroirs, dans tous les placards, sous l’imprimante, dans les armoires des enfants… Impossible. Je me suis faite sermonnée à la medecine du travail car déjà la dernière fois je ne l’avais pas présenté… Ah bon? Je m’en souvenais plus!
    Hier, c’est Chéri qui a retourné la maison à la recherche d’une paire de lunettes de soleil et à un moment alors que je faisais le bain des enfants, je l’ai entendu crier « J’ai retrouvé ton carnet de santé! »…. Je n’ai même pas écouté où il etait caché..

  6. mybrouhaha

    il y a des jours où le monde nous en veut, tout simplement…
    ma vie se résume à cette phrase : quand on n’a pas de tête, il faut des jambes…
    tu te souviens l’autre jour, Gare Montparnasse au lieu de Gare de l’Est…
    Bisous ma biche, j’ai bien ri !

  7. Ju

    Comment te dire ? Imagine la même histoire juste avant un départ pour une destination de rêve (non remboursable), et avec, dans le rôle principal, le passeport d’un bébé… Comme toi, maintenant j’en rigole !!
    Merci pour le fou rire du matin !

  8. babymeetstheworld

    je me suis fais volée mon passeport 1h avant de prendre mon avion. j’étais paniquée, dégoutée et trop frustrée !!! je suis qd même allée à l’aéroport et j’ai pleuré comme une zinzin à la police de l’aéroport. devine quoi ? Ils m’ont laissé monter dans l’avion. Incroyable ! l’année d’après dans le métro je sors du wagon avec mon gros sac de voyage et … J’oublie mon sac dans le wagon avec mon passeport dedans !!!!!!! chance incroyable, un passager l’a récupère et m’a attendu dans le quais d’après pour me rendre mes affaires. ouf !

  9. Camille

    Alors moi je veux voir la jolie photo!! Tu m’as fait pleurée de rire! Et sinon, au cas où d’au cas où, si tu pars de Lyon St Exupéry, on habite à 10 minutes de l’aéroport, si tu veux laisser ta voiture chez nous, ça te ferait économiser une tonne de sousous! Et bien sûr, on vous emmène à l’aéroport! Bon, on se connaît pas, ms je propose qd même! Voilà, voilà!!

  10. Lundi27

    Ah ah ! Merci, je pleure maintenant de rire après avoir pleuré d’émotion que ton dernier message. Ton blog est-il sponsorisé par Kleenex ?
    Merci :-)
    Céline

  11. Edenweils

    Mais que j’ai ris, je t’ai lu en préparant une tarte tatin et je suivais ma recette tout en lisant et que c’est dur de faire un caramel quand on rit comme une banane. Pour la petite histoire de perte je devais me faire opérer et pour éviter de perdre mes bijoux à l’hôpital j’ai tout laisser sur ma coiffeuse. En rentrant à la maison je ne les ai pas remis de suite et des petites mains ou petits chats (pas encore trouver le véritable coupable) sont venu fouiner. Malheureuse que je suis je n’avais pas attaché le fermoir de mon collier, j’ai retrouver la chaîne dans mon lit (après avoir dormi 2 nuits sans m’en apercevoir) mais pas de pendentif. J’ai retourné la chambre et quand fut l’heure de passer l’aspi, chaque recoin était accompagné de l’angoissante vision de mon précieux finissant dans le sac aspirateur. Et gling-gling voilà que le bruit tant redouté retentit. Je stop net l’engin maudit et file éventrer le sac, j’en ai trouvé des choses mais pas mon pendentif. J’ai fini par me dire qu’il était surement coincé sous les planche du lit ou de l’armoire (compliqué à déplacer) et que je devrait attendre notre futur déménagement pour le récupéré.
    Un mois plus tard alors que je n’y pensais plus, je fouille ma coiffeuse à la recherche de mon khôl (voyez la fille qui perd toujours un truc…) et en cherchant le dit crayon bah j’ai retrouvé mon pendentif tapis, là, dans un coin du tiroir. Vive les tête en l’air et j’ai l’article de Marjolimaman et je ris de voir que c’est génétiquement programmé chez les Marjo (je m’appelle Marjory). Bisous et merci j’aime lire tes articles et visionner ton insta depuis bientôt 3 ans

  12. Lizette

    Bonjour Camille :-)
    Rien à voir avec ton article (même si j’ai bien rigolé quand même :-)) Je voulais juste savoir… Ta bague « ritalechat », c’est sur Amolia (anciennement Silver promo) que tu l’as commandée? Si oui, quel écriture as-tu choisi?

  13. amandine

    J’ai beaucoup ri aussi! Toi, un peu moins je pense sur le coup mais quelle péripétie! Le pire serait peut-être de retrouver ton ancien passeport coincé entre deux documents dans CE fameux tiroir!
    Bon voyage!

  14. Paola

    Je sais que ce n’est pas bien, que si je me faisais prendre, je me ferais sûrement taper sur les doigts, mais je n’ai pas pu réprimer l’envie de te lire au travail.
    Je n’ai pas non plus pu m’empêcher de sourire, ni de contenir un rire qui ne demandait qu’à sortir !
    La vie est une aventure, et quand je te lis, je me dis qu’il faut parfois être doté de super-pouvoirs pour l’affronter. Un grand merci, tu égaies mes journées !

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