À GENOU. CHRONIQUE D’UNE REEDUCATION.

À GENOU. CHRONIQUE D’UNE REEDUCATION.

Je suis en bas d’une piste et une minute avant tout ce qui va suivre, Rodolphe me dit : « Occupe-toi de la petite je vais avec Sacha. »

M’occuper de la môme ça je sais faire mais je n’avais pas imaginé que sur des skis ça allait tourner court.

Et puis l’accident. Mes skis qui s’emmêlent aux siens, un craquement jaune en étoile dans mon genou, un cri de bête et les larmes de la petite, mes « ça va » peu rassurants, mes « ça va Violette, ne t’inquiète pas » alors que ça n’allait pas du tout.

La journée s’enchaîne, barquette la tête en bas, ambulance, radio et diagnostic. « Il faudra faire une IRM mais je suis formelle, cette fois l’antérieur droit et sectionné madame, il faudra une longue rééducation. »

La rééducation. Pendant ces jours de repos forcé aux Ménuires j’ai eu le temps d’y penser. Je n’ai même plus pensé qu’à ça. Trouver un kiné d’abord, quelqu’un que l’on me conseille et en qui je peux avoir confiance. Très vite Cécile et Cédric mes amis d’enfance me donnent le numéro D’Alain. Je cale un rendez-vous dès l’après-midi de l’accident. J’ai envie que les choses avancent malgré mon immobilité. Je prends déjà ma convalescence en main.

On rentre. La maison est différente avec un genou en moins. Les marches plus hautes, le carrelage plus froid. Le rendez-vous arrive, je n’attendais plus que ça. Dans la voiture d’un coup je me rends compte. Meuf t’es en robe. Tu vas chez le kiné et t’as mis une maxi robe longue.

Oh ça va j’ai mis des Stan avec. Ça fait comme des baskets en vrai.

Je me dis que dans longtemps on s’en souviendra de ce premier rendez-vous en robe et j’en rigolerai.

Alain est ciné dans le hand et dans le foot, il a un cabinet plein de machines de torture, plein de jeunes sportifs, hommes et femmes. Ça grouille d’altères, d’élastiques et de trampolines.

Évidement personne n’est en robe.

Il a un grand sourire, il me rappelle tout de suite un héros de roman. Je ne sais pas pourquoi mais Adamsberg vient frapper à ma porte. Je me trompe surement, Alain est déjà beaucoup trop souriant pour être un héros de Vargas.

Il va et il vient, me pose des questions tout en faisant connaissance avec mon genou. Il accueille d’autres patients. Il demande à tout le monde « tu as couru ? » Et je me dis qu’un jour il me demandera pareil. Je m’accroche à cette question, à ses mains qui masse ma chair, à ma jambe qui se lève pour évaluer ma souplesse.

Je n’y comprends rien mais j’ai le sentiment que tout ça sera un jour familier.

Je suis arrivée à cette première séance de rééducation comme on déménage dans une nouvelle ville. Avec les mauvais vêtements, un peu paumée, cherchant la rue et l’interphone. Je suis arrivée là, carte vitale en poche comme une carte orange , ne connaissant personne mais avec la certitude que très vite je connaitrai les chemins, les adresses et les raccourcis.

Alain m’a dit de marcher, de ne jamais arrêter de bouger. Alain m’a dit que le sport allait être mon allié pour les prochains mois. Pour les prochaines années. Le lendemain de l’accident, j’avais écrit sur Instagram:  Ce ligament fou tordu, fou cassé, fou rompu, il est là pour me faire passer une étape.

Depuis le début je le sens.

Je vis ça comme une nouvelle expérience et ceux qui me connaissent bien savent à quel point j’aime expérimenter ma vie. J’avais envie de partager ça ici, comme un journal de bord de ce genou en miette.

En miette, en vrac et tout pété.  Mais bien vivant.

Ce genou c’est ma nouvelle ville, et je suis tout juste au premier panneau. Je me perdrai sûrement mais à la fin j’en connaitrai tous les chemins.

Je vous embrasse.

Camille

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9 commentaires

  1. Laura

    J’adore (et j’envie) cette manière de tourner un événement triste en un événement-qui-marque-le-début-d’une-nouvelle-ère. Bravo pour cette lecture du monde, bravo pour ce corps qui reprends le pouvoir. Hâte de lire la suite de ce doux-genou !

  2. Margaux

    Je vais chez le kiné depuis très longtemps. En lisant ton article j’ai essayé de calculer. J’ai 19 ans et ma première séance date du collège, donc plus de 10ans. J’étais toute perdue le premier jour; je venais pour les genoux et j’étais en claquettes :)
    Maintenant je sais. Les genoux, puis le dos, puis la cheville. Je sais les machines, les sportifs à côté, la glace ou le chaud, les massages, les exercices. Ca ne sera pas toujours facile, ça va faire mal des fois. Mais je ne garde aucun mauvais souvenirs de mes séances. Bon courage à toi, hauts les cœurs (et la cuisse donc!)

  3. Gina et Cie

    Et toujours un bonheur de te lire.
    J’aime ta façon de faire danser les mots.
    Et pour le reste: bon voyage ! ☺️

  4. Nell

    Ça rebooste de lire tant de positivité face à un genou en vrac et une rééducation qui s’annonce sportive ! Courage avec tout ça. Et j’espère que tu ne souffres pas trop ?.
    Nelly (qui étais de passage à Nîmes début décembre)

  5. Quatre Poussins

    Ah, le ski et les genoux, cette belle et grande histoire d’amour… je me souviendrai longtemps de cette dernière piste ce dernier jour des vacances, et de cette gamelle tout sauf esthétique :/
    Je te dirais bien bonne chance pour la rééducation, mais tu as l’air d’être entre d’excellentes mains (note que je garde l’idee d’arriver en robe à mon prochain rendez-vous) :)
    Hâte de lire la suite !

  6. Boudu

    Camille. Tu as écrit : Alain est ciné dans le foot et le handball. Connaissant ton histoire c’est goutu. (Cette truffé de correcteur vient de m’écrire foutu au lieu de goutu. C’est con les machines). Bref tout ça pour dire ne le corrige pas. Il est beau ton mot manqué. Ton post encore plus.

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