août 28, 2019

L’été de ses 8 ans et demi

KIDS, PARENTALITÉ
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Fin Juin. Les jambes longues, les muscles sur ses cuisses et ses mollets, les petits cernes sous les yeux et l’humeur qui crie sa fatigue. La fin du CE1, une formalité.  Les lettres qu’elle aime écrire et qui partent à la poste. Celles qu’elle aime recevoir, qu’elle guète, de Paris ou d’ailleurs.

La fin de l’école a emporté avec elle les larmes, et l’anxiété. Ma grande sensible arrive maintenant à trouver la ressource pour dégager ses angoisses à grands coup de sourire. Ici on croise les doigts pour que tout tienne bon, elle, nous, et tout ce que l’on a mis en place.

Cette année scolaire est loin d’avoir été toute rose, mais j’aurai dû m’en douter, elle déteste cette couleur.

Début Juillet. On sait déjà que l’on passera la plus grande partie de notre été ensemble. Une petite routine s’installe. Pendant les premières semaines, elle se lèvera chaque jour à presque midi, tandis que je continuerai de me lever tôt et de profiter de plusieurs heures seule. L’équilibre est parfait, elle a besoin de sommeil je le sais, de beaucoup de sommeil. Je la laisse dormir et reprendre la couleur aux joues qui lui manquait en fin d’année.

Nous sommes à Sète et retrouvons Rodolphe chaque soir après son travail, une routine familiale qu’elle connait peu et à laquelle nous prenons tous gout. Je lui offre de belles après-midi au bord de l’eau, des ateliers créatifs, des balades. Nos mains se cherchent dans les marchés bondés, sa petite présence est douce. Nos silences contemplatifs nous bercent autant que nos longues discussions sur les poulpes ou l’histoire des coquillages qui se transformaient en sable.

Je la porte et je la berce dans les vagues, sa tête se fait lourde sur mon épaule et sa longue tresse caresse son dos salé. Son souffle s’allonge.

Elle s’endort dans l’eau contre moi. Comme aux premières secondes de sa naissance.

Elle lit beaucoup, elle trimballe toujours avec elle des sacs remplis de livres. Elle fabrique sans cesse une bricole avec un bout de bois, un morceau de papier et une peluche elle transforme n’importe quelle chaise en salle de classe. D’un moment tout simple elle sait comment fabriquer une échappée belle.

Elle joue seule à voix haute, je l’écoute et je ris souvent. Parfois je m’arrête de faire ce que je fais juste pour tendre l’oreille. C’est beau à écouter une enfance qui s’invente vous savez ?

Mi juillet. Elle ne jure que par ses shorts et jeans et ses tee shirts rentrés ou nouées au-dessus de son nombril. Pour ça je dis non et je lui explique qu’elle doit prendre le temps de grandir et puis parfois je suis ok. Je crois que je ne suis pas encore prête à faire le deuil des robes à dentelle. Je dis non pour certaines choses mais je dis oui pour les cheveux lâchés. Privilège de l’été des petites sirènes. Elle ne veut pas les couper, j’insiste, je la taquine. Elle ne cédera pas je le sais !

Début Août. Nous sommes toutes deux à la colo, entourée de nos amies, de pleins d’enfants et de montagne. Une vie de bohème s’installe, les enfants sauvages ont la belle vie dans les Cévennes et je la vois de temps à autres à travers les marronniers. Elle porte un bandana Violet dans ses cheveux, un talkies walkies en bandoulière et des baskets qu’elle adore.

J’aime la voir prendre son envol, avoir de moins en moins peur des araignées et s’endormir le soir, ivre de fatigue et de jeux d’enfants.

Elle me fait rire, elle a de sacré trait d’humour, son père dit qu’elle a toutes mes expressions, moi je lui murmure qu’elle lui ressemble tant. Sa toute première, notre petite dernière.

Mi-août. Nous nous retrouvons tous les quatre, il fait frais aux 2 Alpes et elle accepte d’aller un peu plus au club des enfants. Pour la première fois de l’été j’ai des moments sans elle, et je suis heureuse qu’elle s’épanouisse à l’écart de moi.

Parfois je redoute la rentrée et le retour de ses angoisses à l’école, la seconde d’après je reprends la barre et me dit qu’elle a tant grandi cet été qu’elle saura trouver la ressource dont elle aura besoin les jours de moins bien.

Ma grande sensible.

Jamais je n’aurais imaginé que la vie déposerait sur mon chemin une petite fille aussi pétillante, aussi drôle et aussi fine. Passer toutes ces semaines à côté d’elle a été des plus doux.

L’été de ses huit ans et demi j’ai vu fleurir une presque jeune fille, une enfance profonde à l’orée d’un âge plus grand.

Dans ses trésors de vacances elle a ramené des coquillages et des galets gris, des pommes de pin et des morceaux de laine, des sourires et du baume à mon cœur.

Merci ma belle pour ces jours jolis avec toi.

Tout ira bien ma divine. Tout ira bien.

Maman Camille

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7 commentaires

  1. Répondre Girlinduplex août 28, 2019 à 7:32

    Un bel été chargé de rires et de soleil comme on aime à se souvenir de nos jeunes étés. Un joli texte pour elle. Merci pour ce partage

  2. Répondre Milistoukette août 28, 2019 à 8:25

    Magnifiques mots… Tant d’amour !

  3. Répondre Val Lao sur la Colline août 28, 2019 à 8:53

    Que c’est joli, vivant et émouvant. Merci pour ces mots, Camille, moi qui suis à l’aube d’une année sans mes 2 grandes filles, parties pour de longs mois chacune à une extrémité du continent Américain, je retrouve un peu leur enfance à travers les douces images que ton écrit réveillent.

  4. Répondre Elsouille34 août 28, 2019 à 9:54

    Oh que je comprends ! J’ai le même genre de petite fille à la maison, une inventive/créative/bricoleuse/artiste. Elle a 7 ans 3/4 et elle rentre elle aussi en CE2. Quels jolis mots Camille !

  5. Répondre Estelle août 30, 2019 à 8:00

    Petite fleur jolie🌻

  6. Répondre Odile août 31, 2019 à 6:11

    Profitez bien de cette petite fille pleine de vie, le temps passe très vite. Nous ne profitons jamais assez de nos enfants.

  7. Répondre Julie septembre 7, 2019 à 11:59

    Tes écrits Camille ,qui sont d’une telle douceur et souvent bourrés de sensibilité comme j’aime .Ce regard que tu portes à tes enfants est si touchant… Tu nous régales par tes mots émouvants , drôles aussi .Les yeux souvent au bord des larmes …

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