avril 9, 2020

Chronique familiale d’une pandémie. #9

Chronique pandémie
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Comme D’habitude si vous avez envie de lire le début, toutes les chroniques sont rangées ici.

Dimanche 5 avril. 21ème jour de confinement.

Covid jour 13

Je me lève juste un peu avant midi. Depuis 07:30 j’oscille entre phase de réveil et sommeil. Je sens une immense fatigue et le retour des courbatures. C’est con l’hôpital vient de m’appeler et nous venons de stopper la surveillance Covid. La doc au téléphone m’a prévenue que je serai longuement fatiguée et qu’il fallait attendre 16 jours après les premiers symptômes pour pouvoir retrouver les miens. Je me rendors jusqu’à midi. Impossible de faire autrement. Je ne lutte pas.

La journée s’écoule entre chamailleries des enfants qui s’occupent globalement bien ensemble. Ce sont les vacances demain. Quelle fumisterie.

J’écoute la radio, c’est la volte face des masques désormais utiles mêmes pour les non malades. Est ce qu’un jour un gouvernement nous dira les yeux dans les yeux: On s’est trompé, on s’excuse. On a merdé on avait rien vu venir. Désormais on a compris et on fait de notre mieux c’est promis. J’appends à mes enfants de ne pas être de mauvaise foi. Je leur dis d’assumer leurs erreurs. Depuis qu’ils sont petits je leur dis que c’est ok pour se tromper, qu’il faut juste savoir apprendre. Pourquoi nos politiques ne sont pas foutus de faire pareil bordel?

Mon chéri prend sa douche dans notre chambre qu’il a désertée depuis douze jours. Je suis entrain de me mettre de la crème. Entre nous un rideau de coquillages en guise de porte. Nous sommes nus tous les deux mais nous ne nous voyons pas. Il vaut mieux peut-être. Ma peau est sèche de câlins, de bisous, de caresses. J’ai bâti un mur entre lui et moi, entre mes enfants et moi. Je compte les jours.

je couds un peu, je range l’atelier qui aussitôt est en bazar, je me couche très tard encore et Sacha n’a pas éteint. On s’embrouille, on s’engueule… Je me couche en colère contre lui, je n’aime pas ça. J’ai surement sur-réagi, parfois je ne sais pas lacher. Je le sais.

PS: Ici malgré quelques éternuements tout le monde va bien.

Lundi 6 avril. 22ème jour de confinement.

Covid jour 14 (on tient le bon bout.)

Je n’ai qu’une idée en tête faire des pancakess fluffy! L’ambiance est encore électrique entre Sacha et moi malgré le petit dej pantagruélique. Pourtant qu’y a-t-il de meilleur que des bananes coupées sur des pancakes avec du sucre glace? Réponse: rien!

Les enfants aident Rodolphe dehors, aujourd’hui nettoyage des toits des récantons, et accroche du jasmin là où on a arraché le lierre. Il fait beau mais je suis glacée. Je m’occupe de planifier les futures semaines pour le boulot qu’il me reste et je m’attaque à un projet trop longtemps repoussé: les rideaux en liberty de la chambre de Violette. Coudre du Liberty me procure un plaisir infini. Je suis complètement dingue de la qualité de ces tissus, de leurs motifs, de leur noms si doux.

Je réfléchis à un autre projet trop longtemps repoussé. J’en parle à Rod car je sais que son aide m’est précieuse. Il me donne souvent l’impulsion dont je manque. Ce confinement est entrain de m’apprendre une chose je crois. Aller au bout de ce que j’entreprends, terminer ce que je commence. Je m’y astreint sans contrainte, je m’y emplois chaque jour un peu mieux.

Sacha descend sa platine Vinyle, il m’a offert pour mon anniversaire le disque “3 jours à Motorbass” de Lomepal. Je ne l’ai jamais écouté. Il l’installe et la musique nous réunit. Nous ne nous parlons pas, nous chantons et sur “Ma Bécane” tout se dénoue, nous sommes réconciliés. J’aime partager ça avec lui. Alors qu’il s’éloignait furieusement de moi, la musique ces derniers mois a souvent été un pont entre nous.

Nous croisons fort les doigts pour que les concerts de cet été ne soient pas annulés, même si je ne me fais pas beaucoup d’illusion.

La journée se termine sur jolie nouvelle. Il a dit oui pour cette petite chatonne toute noire. Elle arrive demain.

Mardi 7 et Mercredi 8 avril. 23 et 24 ème jour de confinement.

Malgré l’arrivée du bébé chat. Je suis de plus en plus triste et inquiète pour la suite. C’est la fin de mon confinement dans le confinement et pourtant je suis fatiguée comme jamais. Aujourd’hui les frissons se sont abbatus sur moi au point que je me suis endormie peu avant midi sans crier gare. Je n’en ai pas fini avec ce virus. Je n’ai ni envie d’écrire, ni envie de raconter. J’ai juste envie que tout ça s’arrête.

Jeudi 9 avril. 25ème jour de confinement.

Nous nous levons tous tard. Nous prenons ces vacances comme telles. On se couche tard, on se lève tard, on saute un repas. Il fait 32 degrés. On dirait un début d’été…

Coco est toute belle ce matin, son petit oeil est soigné on dirait. Elle est hyper jolie, elle se lave seule réclame son bib en miaulant doucement. Quand elle ronronne dans mon cou, mon coeur explose.

Je vais mieux aujourd’hui. Hier je me suis effondrée de fatigue et de frissons. C’est très étrange comme sensation. Ce virus est encore bien présent je le sens. J’ai peur pour ma famille, même si la charge virale a dû bien baisser, j’ai peur d’être contagieuse encore. Je m’en voudrais terriblement s’il arrivait quoi que ce soit par ma faute.

Anne-cha me le répète souvent, Rodolphe aussi. Il faut que j’arrête d’anticiper par la négative. Il faut que j’arrête de penser au dé-confinement, à cet été, à la rentrée. C’est un peu dur parfois de débrancher mon cerveau vous savez?

J’avance très doucement sur le “Choeur des femmes” mais je me régale toujours autant. J’ai un peu mis entre parenthèse la couture, le quotidien m’attends… Un peu de boulot aussi pour Mako et pour d’autres marques, et puis la maison, le linge… les gouters, la cuisine… ranger, trier… on va bientôt sortir les affaires d’été.

Je discutais avec ma voisine, l’arrière de ma maison touche son jardin. Elle me parlait de Coco, de nos chats qui vadrouillent et de Harry qui crèche souvent chez elle. On parlait aussi du chat noir bien amoché, j’ai tourné la tête et je l’ai vu. Étalé sous une dalle à l’abris des regards. Il était venu mourir à l’ombre ET en sécurité. Pardon le chat de n’avoir rien pu faire pour toi. Et dans mes bras la petite Coco toute noire miaulait un peu.

Je suis amère en ce moment, un peu dure avec Rodolphe. Les reproches fusent de part et d’autre et il a fallu que je cherche comment arrêter ça. Et puis tout est sorti. D’un coup, au moment où il s’y attendait le moins je pense. J’ai essayé de vider mon sac en lui parlant de moi plutôt qu’en l’accusant de mille mots. Nous ne vivons plus ensemble à 100% depuis trois ans. Chacun a ses marques, il faut juste qu’on s’harmonise un peu. Tout est allé mieux tout de suite après… Parler. Parler… même si c’est dur et qu’il faut que je force un peu ma nature pour déballer mes sentiments… C’est ce qui nous sauve toujours. Je dépose ici une selphie d’amoureux au moment où nous retrouvions. Nous avons tant vieilli depuis toutes ces années. J’aime mes cheveux blancs sur cette photo, et nous aurons un souvenir de sa barbe de confinement.

Les enfants ne jouent pas tellement ensemble, dès qu’ils sont dans la même pièce, ils se chamaillent. 25 jours juste nous quatre, toujours les mêmes tronches de cake à table, toujours les mêmes places sur le canapé. Ça file un peu le tournis je trouve. Pour autant ils m’étonnent toujours et coopèrent lorsque je m’y attends le moins… Les petits pois semblent fédérateurs. Le moment était doux. Suspendu.

Bon et sinon je me suis mise en tête de couper les cheveux de Violette au carré… Elle lutte de toutes ses forces. C’est mon nouveau challenge du confinement!

Le jardin m’a offert deux choses aujourd’hui. Une feuille-pétale de tulipe, une mutation étrange et adorable. Et la présence de cinq énormes pigeons dans le jardin. Leur envol a fait un bruit incroyable. J’ai réussi à les capter sur une branche. leur présence était assez mystique. Comme des membres de ma famille, disparus, mais encore un peu là. Ce confinement me monte un peu à la tête vous ne croyez pas?

PS: tout le monde va bien ici.

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9 commentaires

  1. Répondre Tetoulle avril 9, 2020 à 8:09

    Comme je vous comprends… Maman d’ado en confinement… d’ado tout court… c’est apprendre à renoncer en espérant avoir planté les graines nécessaires à son épanouissement. C’est accepté de lui lâcher la main… Et s’éloigner le bide tordu par la trouille… Je vous souhaite d’aller mieux. Et que vous trouviez de la douceur dans ce monde de brutes (!) courage Camille et bravo pour vos mots

    • Répondre Lucile avril 9, 2020 à 9:44

      Bonjour Camille
      As-tu déjà lu la nouvelle de Philippe Delerm: “Ecosse les petits pois”?
      À lire…
      Bonne soirée !

      • Répondre Marie avril 11, 2020 à 11:44

        Comme j’aime lire cette chronique, si pleine de vie. Merci !

  2. Répondre Marie- Amandine avril 9, 2020 à 8:42

    Encore merci pour ces textes, empreints de justesse et de sincérité. Vivre ensemble, vivre à côté de…, s’éloigner et se retrouver….même sans bouger de chez soi il y a beaucoup à en dire.

  3. Répondre Anyo avril 9, 2020 à 9:47

    Je suis heureuse de te lire un peu mieux ce soir et que les tiens aille bien… je ressens cete sorte d’angoisse sourde du lendemain, de l’après…
    Votre selfie est magnifique, comme vous ! Je vous embrasse tous les 4 et alentours 😘

  4. Répondre Lyloo avril 10, 2020 à 4:55

    Quelle jolie photo d’amour ♥️ contente de savoir que tu vas mieux, plus que quelques jours et tu récupérera ta grande forme. Bonne journée et caresse a Coco la petite nouvelle de la famille Sans oublier Harry et je crois que tu as un autre chat mais je ne suis pas sûre 😉 alors bisous à tes humains et caresse a tes animaux

  5. Répondre bobette avril 10, 2020 à 6:45

    Quel plaisir de te lire ce matin avant de retourner à ma continuité pédagogique…
    Ma fille ,il y a juste un an, avait les cheveux longs jusqu’aux reins. Des cheveux sublimes, blonds vénitiens, mais un entretien de folie, des crises de larmes à chaque démêlage. Cela faisait deux ans que je lui disais qu’un carré lui irait tellement bien, que ce serait moderne, joli, pratique. Rien à faire, refus catégorique et yeux noirs. Et puis un jour, notre coiffeuse est venue pour moi , et elle a bien voulu couper aux épaules. Et elle a été ravie. 6 mois plus tard, elle avait un carré au dessus des épaules, et une frange au grand désespoir de son père. Les cheveux ont repoussé mais elle me disait encore hier matin qu’elle aimait ses cheveux ainsi. Ils ont plus de volume, elle peut faire des looks différents. Il fallait juste qu’elle soit prête. belle journée Camille . Tes photos sont si belles!

  6. Répondre Emily avril 10, 2020 à 8:33

    Bonjour Camille !
    Je suis tellement contente que tu ailles mieux !
    Je suis 100% d’accord avec toi et je suis très en colère en ce moment contre notre gouvernement qui est très exigeant et hautain avec les français (comme d’hab), français qui globalement font ce qu’on leur dit et sont conscients et informés, face à un gouvernement qui se moque du monde. D’ailleurs les français mettent déjà des masques et n’attendent plus rien … France 6e puissance mondiale … start up nation des premiers de cordée … ça m’explose les nerfs, quand je pense à tous ces malades qui souffrent, ces soignants mal protégés, ces femmes et ces hommes qui nous nourrissent, ceux qui traitent nos poubelles, ceux qui nous apportent le courrier … et ceux qui seront sur le carreau demain … !!! Et en plus on veut nous “traquer”, et on nous culpabilise sans cesse ! … grrr.
    Bon passons à autre chose, … Sinon côté ado j’ai le même à la maison, 15 ans en mai, et pas toutes ses dents ; ))), qui est bien de mauvaise humeur en ce moment … c’est très usant on va dire … j’essaie de comprendre , leurs amis leur manquent tellement à ces petits gars qui commençaient juste à goûter à la liberté !
    Et puis, pour finir, à la maison on s’est mis au qi gong avec un dvd jamais utilisé et franchement ça fait beaucoup de bien, tous les soirs depuis 15 jours ça aide vraiment à s’apaiser … si tu as l’occasion je te le conseille !
    Bon malgré tout , je te souhaite une belle fête de Pâques plein d’espérance !, j’espère que vous aurez des petits chocolats dans le jardin, apportés par votre petit chat de Pâques !!! ; )))
    je t’embrasse !

  7. Répondre Morgane avril 10, 2020 à 2:14

    Bon, je n’ai pas encore lu… Mais ces tulipes à bord dentées sont sublimes, voilà, il fallait le dire avant d’oublier !
    Je retourne commencer ma lecture ;).

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