mars 18, 2020

Chronique familiale d’une pandémie. #2

Chronique pandémie
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Si vous avez envie de lire dans l’ordre. La première partie est ici.

Lundi 16 mars.

Dimanche nous avions fait un mini planning, il me semblait important de cadrer un minimum les choses. On a mis le réveil. Chacun s’est levé entre 07:30 et 08:00. Si Sacha s’est levé de bonne grâce, Violette a beaucoup râlé. C’est une lève tard et elle n’a pas vraiment compris encore toute cette affaire d’école à la maison. La matinée s’est déroulée sans trop d’encombre, même si je crois que je ne tiendrai pas longtemps comme ça à faire la classe et à naviguer de l’un à l’autre. Sur le papier j’adore… dans la réalité rester statique ou à proximité de mes enfants attablée est très très compliqué pour moi.

Je suis allée faire les derrières courses de surgelés cette fois. Ce que j’ai vu dans les rues, m’a complètement affolée, la queue devant les supermarchés, les gens masqués. À un moment j’ai ralenti mes gestes de façon exagérée, comme si mon corps intimait à mon cerveau de ne pas céder à la panique en collant n’importe quoi dans mes sacs le plus vite possible et fuir.

Voilà côté denrée je crois que l’on est bons. Je confesse avoir quand même collectionné encore deux trois paquets de pâtes, de la tisane (ouai je sais je suis une mémé mais je consomme des litres de thé et de tisane.) mais j’avais tellement prévu le coup ces dernières semaines que je crois que nous ne crèverons pas de faim.

J’ai pris très très au sérieux les mesures de confinement depuis des jours déjà, je pense ne plus trop devoir sortir sauf cas de force majeure. Je suis très consciente de la “chance” que l’on a. Je ne compte pas trop m’étaler sur le jardin, le mari aimant et le beau temps… je n’ai jamais considéré ça comme une chance, mais plutôt comme “ma vie à moi”, ni mieux ni pire, différente surement mais surtout à moi. Une psy m’avait dit un jour alors que je culpabilisais d’avoir infligé un divorce à mon fils : “C’est SA vie”, elle est comme ça. Il fera des choix, il aura toujours le choix, mais quoi qu’il décide et fasse, ce sera sa vie. J’y repense souvent et je transpose ce message ici.

La nuit dernière alors que je me suis réveillée, j’ai eu beaucoup de mal à chasser la pensée de femmes battues confinées avec leur tortionnaire, d’enfants dont le seul repas chaud est pris à l’école désormais fermée, des enfants abusés par l’un de leur parent. Les migrants… Parfois j’étouffe littéralement de toute cette peine que je peux ressentir, de l’impuissance aussi. Il faut que je mette tout cela à distance pour le moment, je ne suis pas assez solide pour envisager la misère humaine sans qu’elle ne m’entraine avec elle dans sa noirceur. Je parle très peu ici de cet état mélancolique avec lequel je vis depuis toujours. Il transparait parfois dans mes histoires… Je vis avec, j’ai appris à en faire quelque chose de joli. C’est ce que je m’applique à faire plus que tout en ce moment.

Ce matin j’ai découpé sur un emballage six fleurs et un petit oiseau. J’aime ces jolis rien. Ils m’élèvent l’âme.

PS : nous allons tous bien. Aucune fièvre n’est à déclarer ici.

Mardi 17 mars.

Allez hop on dirait bien qu’une routine s’installe. Lever, douche rapide et pomponnage ! Car oui, je m’habille, je me maquille et les enfants mettent leurs plus belles tenues. Impossible de se laisser aller pour le moment.

Les enfants ont du mal à se faire à l’idée de l’école à la maison. La puce a du mal à se lever le matin mais fait ses fiches de bonne grâce. Il va falloir aussi que je songe à jouer un peu plus avec eux, mais je n’ai tellement pas envie.

Pour le moment j’essaie de me réguler déjà moi-même. Je vis la plupart du temps dans cette maison, sans mon mari et mes enfants… Là les jours se succèdent comme un week-end interminable et je commence déjà à chercher mon calme en changeant de pièce pour me retrouver la plupart du temps seule.

Rod est au jardin très souvent, c’est un solitaire, alors il s’occupe. Chacun son petit monde. On aime se retrouver le soir autour d’un feu qu’il a improvisé dans le jardin.

La maison est en hauteur, nous sommes comme sur une île. C’est étrange cette sensation, comme naufragés. Hier soir notre vieille voisine intriguée par le bruit que l’on faisait est venue nous dire bonsoir là où nos jardins se rejoignent. Chacun d’une part et d’autre du vieux murs de pierre qui sépare nos maisons.

Comme nous étions heureux de la voir, les enfants ont accouru, on a parlé des fleurs et des arbres, elle nous assuré avoir de quoi manger pour un moment. Elle était belle la reine mère du quartier dans sa grande robe de chambre. Un peu effarée de vivre ça sans son mari parti il y a trois ans. Sans être de sa famille nous sommes désormais ses plus proches personnes.

Mes parents me manquent.

Violette et Sacha ont des correspondants, ils s’écrivent plusieurs fois par jours. Violette garde le contact avec Louise et Noé en faisant des Face time, ils jouent aux playmobil via écrans interposés. Nos amis chéris, j’ai tellement hâte de les serrer fort….

Nous avons reçu une très bonne nouvelle de la banque. Notre situation d’intermittent et d’indépendante fait que nous sommes au chômage technique mais ce mot ne raisonne pas pareil pour nous. Nous serons bientôt au bout de nos économies alors chaque coup de pouce de l’état est une bonne nouvelle.

Je suis allée juste en bas du chemin chercher nos légumes, avec le laisser passer… Il y avait des fraises. C’est rien mais ça nous a fait un chouette apéro.

Ce soir je me couche tôt.

PS : plus de toux à déplorer. Ici tout le monde va bien.

Mercredi 18 mars.

Violette n’a pas école le mercredi, tant pis pour leur neurones ce matin c’est open bar d’écrans après que le grand ait fait ses devoir. J’ai adoré le message de la prof de sport qui a aussi donné ses consignes. Ici vraiment les enseignants sont très impliqués.

J’en ai profité pour travailler un peu pour Mako Moulages, j’ai fait une photo, cherché des idées pour la suite, je suis très heureuse de garder ce lien avec mon travail. J’écris beaucoup, énormément, plus que d’habitude. Je ne culpabilise plus de prendre du temps pour écrire puisque du temps j’en ai.

J’ai envoyé un message à mon autre voisine, elle travaille à l’hôpital. Je prends beaucoup de temps aussi pour prendre des nouvelles de mes proches.

Le temps.

Je crois que c’est ce que je préfère dans ce confinement, pour le moment en tout cas. Nous essayons un minimum de respecter les horaires, mais je ne dis plus jamais aux enfants de se dépêcher, plus de planning, plus d’obligation. Ce n’est pas le cas de tous je le sais, mais dans l’intimité de mon foyer, je prends cela comme une bénédiction. Une chance à savourer. La vie continue, en plus douce, plus calme (même si bien sûr tout n’est pas rose tout le temps…)

J’ai commencé à peindre un peu, à faire des couronnes de laurier pour offrir à nos amis à la fin du confinement. Pour une fois je ne me suis pas débinée devant une nouveauté : j’ai fait ma première séance de Yoga Kundalini par skype avec Marjo. Ohlala j’ai adoré.

Tout de suite après j’ai eu besoin de partir ? J’ai imprimé la dérogation, j’ai chaussé mes baskets et je suis allée courir un peu et marcher. Je n’ai croisé personne. Ici dans les collines il n’y avait guère que ces fleurs blanches au bord du chemin. En rentrant j’y ai rajouté des fleurs du jardin, du romarin et du laurier.

Je l’ai envoyé aux femmes que j’aimais en photo. Ici il trône au mileir du salon. Il me relie.

J’ai crié aujourd’hui. Je sais que le temps va passer, qu’il va exacerber les rancunes, la colère et l’impatience et la promiscuité. Je mets en place petit à petit des choses pour arranger tout ça. Je sens mon spm arriver. Il va falloir vivre avec ça aussi n’est-ce pas ?

Les chats nous fuient, je crois qu’ils n’ont pas l’habitude de nous voir tous autant de temps tous ensemble à la maison. Mais les avoir sont d’un réconfort absolu. Pas de confinement pour eux, mais ils restent avec nous. Harry est un chat chien. Je suis vraiment heureuse d’avoir cet être-là avec nous.

PS : Tout le monde va bien ici. Les enfants font du sport pour ne pas perdre leurs muscles ont-ils dit.

Pour lire les jours d’avant. La chronique N° 1 est ici.

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18 commentaires

  1. Répondre Barbara mars 18, 2020 à 8:05

    J’aime vous lire ces derniers cela me sors de mon isolement quotidien. Je vis seule et même si j’ai ma famille au téléphone, cette solitude depuis jeudi dernier me pèse ! Vous lire m’est agréable!
    Bien à vous

  2. Répondre Delphine mars 18, 2020 à 8:08

    C’est si bon et si doux de ne pas être stressé par le temps…
    Mon chéri travaille à la maison mais fait des pauses café, nous faisons les devoirs avec ma fille, nous nous amusons à repenser l’appartement…
    ça fait 3 jours que j’ai arrêté de fumer, je ne voulais pas prendre de risques en allant au tabac pour moi, mon mari, ma fille alors j’ai décidé d’arrêter … ce n’était peut être pas le meilleur moment niveau stress mais quand je fais une crise d’angoisse j’ai la chance d’avoir mon chéri qui vient me faire des grapouilles alors au final j’aurais ma petite victoire quand tout cela sera fini!
    Je t’embrasse toi et tes proches!

  3. Répondre Stéphanie mars 18, 2020 à 8:11

    Merci pour ce journal Camille. Il nous permet de nous relier les uns aux autres. Au travers de notre propre vécu, nos propres ressentis. Hâte d’avoir des nouvelles de ton île !

  4. Répondre Jelledanse mars 18, 2020 à 8:20

    Hello
    Ici c’est télétravail pour moi… Suis habituée mais en quasi solitude… Et comme je le préssentais, horaires de taf obligent, même si le reste de la maisonnée a ses devoirs et autres… On est pas du tout sur le même rythme…
    C’est chaud chaud et résultat…. Comme je le devinais… Ce soir première explosion…
    Hauts les cœurs… To be continued…

  5. Répondre Elise mars 18, 2020 à 8:50

    Merci d’écrire pour toi et pour nous !
    Nous sommes tous confinés mais étonnamment je nous sens reliés par cette expérience commune… Moi aussi j’écris et ça fait du bien !

  6. Répondre Magmag mars 18, 2020 à 8:58

    Merci pour ces textes, avec ce confinement, nous experimentons tous quelque chose de très particulier et de très nouveau, je suis persuadée que ça va nous changer, en mieux même si j’ai conscience que c’est très difficile pour certains.
    Ici, on est 3, tous sur nos PC, mais pour moi qui suis prof, l’ENT ne fonctionne pas ( 20mn de connexion aujourd’hui) et je deviens folle ! Comment avez-vous le travail pour vos enfants, surtout le grand ?

  7. Répondre Magmag mars 18, 2020 à 8:59

    Moi aussi j’écris, mais sur un cahier, à l’ancienne, comme à chaque fois qu’il se passe quelque chose de nouveau…

  8. Répondre Sophie mars 18, 2020 à 11:09

    Bonsoir Camille,
    Ce soir j’ai regardé “Donne moi des ailes” de Nicolas Vannier avec mes 3 enfants. J’ai été bouleversée par les paysages de Camargue, de Norvège. Par ces oies sauvages et leur envol. Par ce tout jeune garçon qui lui aussi prend son envol et donne aux adultes une si belle leçon de liberté.
    J’ai pensé à vous Camille, alors je suis venue vous lire, comme pour boire à la source de la vie. La vie qui bat, comme un coeur vaillant. Vous êtes précieuse et vos mots me font du bien. Merci la vie!

  9. Répondre Megane mars 19, 2020 à 5:20

    Bonjour jolie famille en confinement,
    Je vous suis beaucoup sur Instagram, mais j’adore aussi vous retrouver ici, sur ce média moins éphémère. Je suis sure qu’on relira ces mots dans quelques mois/années avec plaisir en se disant « tu te souviens, c’est là que tout a changé! ». Prendre le temps de se retrouver. Je suis en Nouvelle Calédonie, nous tout commence aujourd’hui avec la fermeture des écoles et des lieux de loisirs, étape 1. Mais je suis comme toi, habituée à travailler seule à la maison, j’ai noté sur le planning les heures de jeux en famille mais j’ai du mal à m’y mettre alors qu’ils n’attendent que ça. Il va falloir du temps, qu’on s’adapte mais je suis persuadée qu’on va beaucoup évoluer ensemble et qu’on va vivre des moments incroyables dont nous nous souviendrons avec nostalgie.
    Je continuerai à vous lire ici ou là-bas

  10. Répondre Std mars 19, 2020 à 6:03

    Pas de confinement pour moi : je suis pharmacien. Pas de protection on voit plus de monde que d’habitude… a quoi ca sert d’enfermer mes gosses ?
    Je pense qu’on va avoir un rôle social étant la seule sortie / contact humain des gens, ils ont le temps de papoter et ne sont clairement pas pressés de rentrer chez eux. Disons que ça me console de le penser
    Le papa a tenté le télétravail lundi avant de jeter l’éponge pour se mettre officiellement en arrêt “enfant” mardi tout en continuant de travailler à distance. C’est très très chaud au niveau de la connection internet a partager avec le travail scolaire et de la concentration.
    Et le pompon hier soir “cousons des masques pour les soignants” “applaudissons les a 20h” …. ça m’a filé la gerbe. Les éboueurs aussi bossent et personne n’a applaudi leur passage. Les livreurs de chronopost / Amazon / Uber et… et cie aussi.
    Quand aux masques en tissus OH MY GOD !!!!!!! CHERCHEZ LA TAILLE D’UN VIRUS AVANT DE PENSER QU’IL EXISTE UN TISSU A TRAVERS LEQUEL IL NE PEUT PAS PASSER. Prenez un tamis du sable et des cailloux si vous ne comprenez pas pourquoi, ça vous aura toujours occupé deux min.

  11. Répondre Antier Céline mars 19, 2020 à 7:13

    Qu’il est bon de vous lire.
    Merci

  12. Répondre Marjolaine Solaro mars 19, 2020 à 10:07

    Ce bouquet et ces moments avec vous hier = best confinement ever

  13. Répondre Lucie en ville mars 20, 2020 à 7:45

    Merci pour ces jolis moments partagés, c’est doux à lire, serein… Ici ça va encore mais on n’est qu’à J4, le principal problème étant qu’on n’a pas de pièce où l’un ou l’autre peut s’isoler et être tranquille un moment.
    Toujours les enfants dans les pattes, dans les oreilles…
    Il va nous falloir beaucoup de zénitude.

  14. Répondre Hélène (@elles) mars 20, 2020 à 1:56

    C’est apaisant de vous lire. Merci Camille !

  15. Répondre TERRE Annick mars 20, 2020 à 2:03

    Coucou Camille, moi je bosse, je suis secrétaire médicale alors il faut bien réguler tous ces malades 🙁 Du coup j’ai fait un banana bread pour tout le monde ici ! Merci beaucoup pour la recette. Bizoux Bretons et le plus gros pour Violette pour lui souhaiter un joyeux anniversaire <3

  16. Répondre Chronique familiale d'une pandémie #4 - Ritalechat mars 25, 2020 à 6:21

    […] tout si vous avez envie de lire dans l’ordre voici le début ici: #1 #2 et […]

  17. Répondre Chronique familiale d'une pandémie # - Ritalechat mars 27, 2020 à 4:57

    […] de commencer, si vous avez envie de lire depuis le début, voici les premières chroniques. #1 #2 #3 […]

  18. Répondre Chronique familiale d'une pandémie. #3 - Ritalechat mars 27, 2020 à 5:08

    […] Si vous avez envie de lire dans l’ordre, cliquez ici pour la première chronique #1 et là pour la seconde #2. […]

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